Recrutement par IA : des candidatures écartées selon l’origine, l’âge et le sexe ?

Un nom de famille, un sexe, un âge : voilà ce qui aurait suffi à écarter une candidature avant même qu’un recruteur ne lise réellement le CV.

Selon Rue89 Strasbourg et trois anciens salariés interrogés par l’AFP, l’entreprise alsacienne « Plus que pro » aurait utilisé un outil de recrutement alimenté par l’intelligence artificielle pour filtrer massivement des candidatures.

Au printemps 2025, environ 740 000 CV de commerciaux auraient été aspirés depuis des plateformes d’emploi, puis ramenés à 130 000 en seulement cinq jours.

Des critères de sélection potentiellement discriminatoires

L’AFP dit avoir consulté le prompt, c’est-à-dire les instructions données à l’intelligence artificielle : l’outil devait écarter les candidats de moins de 27 ans, ceux de plus de 55 ans et ceux dont le patronyme semblait d’origine africaine.

Les femmes apparaissaient quant à elles dans les résultats sous la mention « Exception ».

De son côté, Plus que pro conteste toute instruction émanant de sa direction, affirme que cette version de l’outil n’a jamais été utilisée pour évaluer un candidat et indique avoir lancé un audit indépendant.

Les faits allégués restent donc à établir précisément. Mais le phénomène qu’ils illustrent, lui, est documenté depuis longtemps.

La discrimination à l’embauche : une réalité documentée

Dans un testing national de la Dares, portant sur 9 600 candidatures comparables, les profils portant un nom à consonance française ont obtenu 33,3 % de réponses positives, contre 22,8 % pour ceux portant un nom à consonance maghrébine.

À compétences équivalentes, cela représente près d’un tiers de chances en moins d’obtenir une réponse positive.

Ces résultats rappellent que les discriminations à l’embauche ne relèvent pas seulement de situations isolées. Elles peuvent intervenir dès les premières étapes du recrutement, avant même qu’un candidat ait eu la possibilité de défendre son parcours et ses compétences.

Derrière chaque CV, un individu, pas une origine supposée

Un recrutement devrait évaluer une expérience, des compétences et une aptitude au poste.

Lorsque l’origine supposée, le sexe ou l’âge deviennent des critères d’exclusion sans justification légitime, l’individu disparaît derrière le préjugé.

L’utilisation de l’intelligence artificielle ne doit pas conduire à automatiser des discriminations qui existent déjà. Un algorithme ne rend pas un préjugé plus acceptable parce qu’il permet de l’appliquer à des milliers de candidatures en quelques secondes.

C’est précisément là que commence notre combat contre les discriminations : défendre le droit de chaque individu à être jugé sur ses compétences, et non sur ce que son nom, son âge ou son sexe laisseraient supposer.

‍